L’économie circulaire est devenue un incontournable des stratégies RSE et de communication des entreprises, mais son évaluation reste souvent floue.
Derrière les promesses, bonus et lois, les résultats concrets peinent à suivre. Cet article décrypte les écarts entre ambitions et impacts mesurés, et montre comment les études quantitatives permettent enfin d’objectiver les politiques circulaires, d’en améliorer l’efficacité, et de bâtir une communication crédible.

Du discours à la preuve : mesurer l’impact réel de l’économie circulaire
Le discours sur l’économie circulaire s’est généralisé. Indice de réparabilité affiché en magasin, collecte de textiles usagés, bonus réparation, engagement des marques pour la seconde vie, … Les dispositifs se multiplient, les budgets augmentent, les ambitions affichées aussi. La France dispose même de l’arsenal réglementaire le plus complet d’Europe avec la loi AGEC de 2020, un indice de durabilité qui remplace progressivement l’indice de réparabilité, et 73 catégories d’équipements éligibles au bonus réparation.
Mais au-delà des annonces, qu’en est-il vraiment des résultats mesurables ? Le bonus réparation a généré 897.000 réparations entre décembre 2022 et décembre 2024. Un chiffre qui peut paraître encourageant, jusqu’à ce qu’on le mette en perspective : l’objectif initial était de 2 millions de réparations par an, et environ 23 millions d’appareils électriques et électroniques sont encore jetés chaque année en France. Seulement 18% du budget 2024 alloué au dispositif (154 millions d’euros) a été utilisé.
Face à des consommateurs mieux informés, des investisseurs qui exigent des preuves et des réglementations qui se durcissent, les études quantitatives deviennent l’outil indispensable pour sortir du discours et entrer dans l’action mesurable.
L’économie circulaire en France : des ambitions XXL, des résultats à géométrie variable
Un arsenal réglementaire sans équivalent en Europe
La France s’est dotée d’un cadre législatif ambitieux. La loi AGEC de 2020 impose l’indice de réparabilité sur neuf catégories d’appareils électriques et électroniques depuis janvier 2021 : smartphones, ordinateurs portables, téléviseurs, tondeuses à gazon, lave-linges, aspirateurs, lave-vaisselles, nettoyeurs haute pression. Une note sur 10 informe les consommateurs sur la facilité à réparer l’appareil, en tenant compte du prix des pièces détachées, de la disponibilité de la documentation technique et de la facilité de démontage.
À partir de 2024-2025, cet indice évolue vers un indice de durabilité intégrant des critères de robustesse et de fiabilité. Les téléviseurs sont concernés depuis janvier 2025, les lave-linges suivront en avril 2025.
L’objectif affiché : faire passer le taux de réparation de 40% à 60% d’ici 2026.
Le bonus réparation amplifie ce dispositif avec des aides de 15 à 60 euros selon les équipements, déduites directement de la facture chez les réparateurs labellisés QualiRépar. En 2024, 73 catégories de produits sont éligibles, des lave-vaisselles aux vélos électriques en passant par les smartphones. L’enveloppe budgétaire prévue atteint 102 millions d’euros en 2027, contre 20 millions en 2022.
Les filières à Responsabilité Élargie des Producteurs (REP) se sont également multipliées : de 5 filières en 2015, la France en compte désormais 24. Textiles (Refashion), électronique (Ecosystem, Ecologic), articles de sport et loisirs, chewing-gums, lingettes… Le principe est simple : les producteurs financent la fin de vie de leurs produits. Pour le textile, cela représente 50 millions d’euros par an destinés aux associations et entreprises de l’économie sociale et solidaire pour le réemploi.
Mais des chiffres de terrain qui interrogent
Les ambitions réglementaires se heurtent à une réalité plus contrastée. Les smartphones dominent les réparations sous bonus (250 000 en 2024, +369% vs 2023), notamment depuis que les casses d’écran sont éligibles. Mais cette progression cache une concentration : seuls 1.250 réparateurs sont labellisés fin 2024 sur les 22.336 réparateurs recensés en France, soit à peine 5%. Pire, les disparités géographiques créent des déserts de la réparation : 0,54 point de réparation pour 10.000 habitants dans le Nord, 0,69 en Haute-Garonne, contre une moyenne nationale bien supérieure.
Dans le textile, les volumes collectés stagnent. Refashion a collecté 35% des textiles usagés en 2021, soit 190 550 tonnes triées. Parmi elles, 58% sont réutilisées, 33% recyclées et 9% valorisées énergétiquement. Mais cela signifie surtout que 65% des textiles usagés terminent encore dans les ordures ménagères pour être incinérés ou enfouis. L’objectif réglementaire de 50% de collecte d’ici 2025 semble compromis.
Cependant, bien que visible sur les produits depuis 2021, l‘indice de réparabilité peine également à influencer les décisions d’achat. Selon l’ADEME, 82% des Français le connaissent, mais son impact sur les comportements d’achat reste marginal. Parallèlement, une étude Kantar pour Refashion révèle que 70% des achats textiles en France se concentrent sur l’entrée de gamme, des produits dont la durée de vie reste fortement limitée par leur conception même.

Le grand écart entre intentions et réalité opérationnelle

L’écart entre ambition affichée et pilotage concret reste l’angle mort majeur de la transformation circulaire. La faiblesse du suivi chiffré empêche d’évaluer l’efficacité réelle des actions déployées.
Les « champions circulaires » communiquent volontiers sur leurs engagements, mais peu partagent leurs données de performance.
Ces questions restent souvent sans réponse publique, alimentant le soupçon de greenwashing.
Trois angles morts qui freinent la transformation circulaire
On investit sans savoir ce qui marche vraiment
La collecte en magasin coûte entre 3 et 7 euros par kilogramme collecté selon les secteurs et les dispositifs. Mais quel est le taux de retour effectif des clients ? Les bornes se sont multipliées, mais les données publiques sur leur efficacité respective restent rares.
Les campagnes de sensibilisation mobilisent des budgets massifs. L’ADEME a lancé en 2024 des campagnes chocs sur le bonus réparation qui ont fait réagir les distributeurs d’électroménager neuf. Mais quel impact mesurable sur les comportements ? Combien de réparations supplémentaires générées par euro investi en communication ? Ces données d’efficacité sont rarement produites ou partagées.
Le bonus réparation lui-même souffre d’un manque de visibilité sur les profils réels de ses utilisateurs. Qui répare effectivement ? Quels freins empêchent l’adoption massive du dispositif ?

On pilote avec des indicateurs de moyens, pas de résultats
Le nombre de bornes de collecte installées ne dit rien du volume effectivement collecté. Le budget RSE alloué à l’économie circulaire ne garantit pas la réduction des déchets. Le nombre de produits labellisés « éco-conçus » n’assure pas l’allongement de leur durée de vie effective. Pourtant, ce sont souvent ces indicateurs d’activité qui figurent dans les rapports RSE, faute de mesures d’impact plus rigoureuses.
Selon une étude Coda, la responsabilité sociétale, l’amélioration de l’image, la conformité réglementaire et l’innovation sont les principales motivations des entreprises à mettre en œuvre une stratégie d’économie circulaire. Des objectifs légitimes, mais qui se traduisent trop rarement en indicateurs de performance mesurables. Comment savoir si l’image s’améliore effectivement ? Si l’innovation génère des résultats commerciaux ? Sans mesure, impossible de piloter.
Cette faiblesse du suivi explique aussi pourquoi les meilleures pratiques se diffusent lentement. Quand une entreprise investit dans un dispositif innovant de collecte ou de réparation, les autres acteurs du secteur n’ont pas accès aux données de performance qui leur permettraient d’évaluer la pertinence de répliquer l’initiative.
Les Success Stories restent anecdotiques,
pas réplicables
Paris 2024 a beaucoup communiqué sur son engagement circulaire : 100% des équipements sportifs en seconde vie, mobilier en carton recyclé, sols démontables et réemployables. Un objectif louable, mais quelle est la réalité mesurée six mois après les Jeux ? Combien d’équipements ont effectivement été réutilisés ? Par quels acteurs ? Avec quel impact environnemental calculé ? Ces données de bilan restent souvent confidentielles ou partielles.
Le secteur du luxe s’est également lancé dans la seconde main : Hermès, Louis Vuitton, Galeries Lafayette, Claudie Pierlot proposent désormais des plateformes de revente. Une évolution significative pour des marques qui refusaient catégoriquement l’occasion il y a encore dix ans. Cette transformation de la seconde vie, longtemps décriée, en véritable tendance de consommation responsable illustre une mutation profonde des mentalités. Mais quel volume ces initiatives représentent-elles réellement par rapport au neuf ? Quel impact sur la réduction de la production ? Les chiffres publics manquent pour contextualiser ces initiatives
Les Repair Cafés offrent une expérience locale positive, créent du lien social et permettent de sauver des objets de la décharge. Mais leur modèle économique reste fragile, reposant largement sur le bénévolat. Leur potentiel de passage à l’échelle demeure incertain sans évaluation rigoureuse de leur viabilité économique et de leur impact environnemental comparé aux circuits professionnels de réparation.
Les questions stratégiques qui exigent des réponses chiffrées
Pour les éco-organismes : où concentrer les investissements ?

Refashion dispose d’un budget de 50 millions d’euros par an pour financer le réemploi et la réutilisation. Ecosystem et Ecologic gèrent 154 millions d’euros pour le bonus réparation. Mais comment optimiser l’allocation de ces ressources ? Cohda accompagne les éco-organismes dans cette décision grâce à des études quantitatives qui identifient les dispositifs au meilleur ROI environnemental.
Faut-il privilégier la collecte en magasin, en déchetterie ou via des bornes d’apport volontaire ? Quels profils de consommateurs sensibiliser en priorité pour maximiser l’impact ? Comment accompagner les entreprises dans la mise en œuvre d’une stratégie d’économie circulaire efficace ?
Les éco-organismes ont également besoin de mesurer l’efficacité de leurs campagnes de communication. Quels messages résonnent auprès des citoyens ? Quels canaux génèrent le plus de passages à l’acte ? Cohda déploie des baromètres permettant de suivre l’évolution des comportements dans le temps et d’ajuster les stratégies de sensibilisation en conséquence.
Pour les marques : comment construire une stratégie crédible ?

Les marques font face à des arbitrages complexes. Faut-il privilégier la durabilité (produits robustes mais difficiles à recycler) ou la recyclabilité (produits moins durables mais entièrement recyclables) ? La réponse dépend du modèle économique, du cycle de mode du secteur et des infrastructures de recyclage disponibles. Cohda réalise des études prospectives qui identifient les attentes émergentes des clients et des parties prenantes, permettant d’éclairer ces choix stratégiques.
La communication constitue un autre enjeu majeur. Quels messages évitent le piège du greenwashing tout en valorisant les engagements réels ? Cohda mesure l’impact des différents discours circulaires sur la perception de marque et l’intention d’achat, permettant de construire une communication authentique et efficace.
La collecte en magasin représente un investissement lourd en logistique et en communication. Mais pour quel taux de retour effectif ? Quels profils de clients l’utilisent ? Cohda évalue l’efficacité des dispositifs de collecte et identifie les leviers pour en améliorer les performances.
Pour les collectivités : comment piloter les politiques territoriales ?

Les collectivités territoriales investissent dans des recycleries, des ressourceries, des ateliers de réparation, souvent en partenariat avec l’économie sociale et solidaire.
Mais comment mesurer l’impact de ces politiques ?
Cohda accompagne les collectivités dans le benchmark de leurs dispositifs par rapport à d’autres territoires comparables. Quelles sont les meilleures pratiques identifiées ailleurs ? Comment les adapter aux spécificités locales ? L’identification des zones blanches – territoires et populations éloignés des circuits circulaires – permet également de corriger les inégalités d’accès et de garantir une transition écologique inclusive.
L’économie circulaire ne se pilote pas à l’aveugle
La transformation circulaire ne manque ni de volonté politique, ni d’acteurs engagés, ni d’innovations. Elle manque de rigueur dans la mesure des résultats. Entre ambitions affichées et impact réel, les études quantitatives permettent de sortir de l’approximation pour identifier ce qui fonctionne, optimiser les investissements et communiquer sur des résultats vérifiables.
Chez Cohda, les méthodologies déployées combinent enquêtes auprès des acteurs économiques, études de perception auprès des consommateurs et benchmarks territoriaux. Cette approche multi-niveaux permet de croiser les regards et de construire une vision systémique de la transformation circulaire, en articulant attentes citoyennes, pratiques des entreprises et politiques publiques.


Les études Cohda vont au-delà de la production de données : elles transforment la mesure en décision stratégique. Co-construction des questionnaires avec les commanditaires, analyses différenciées par segments pertinents, recommandations hiérarchisées selon impact et faisabilité. Société à mission, Cohda aligne son modèle économique sur les enjeux de transition écologique qu’elle contribue à mesurer.
L’économie circulaire se construit sur des preuves, pas sur des intentions. Cohda accompagne éco-organismes, marques, fédérations professionnelles, collectivités pour transformer les engagements circulaires en résultats mesurables et valorisables.
Questions fréquentes sur ce sujet :
Une campagne ne doit pas être évaluée uniquement à partir de sa visibilité ou du nombre de personnes exposées. Il faut mesurer sa mémorisation, sa compréhension, sa crédibilité et son influence sur les comportements. Une étude avant-après peut notamment suivre l’évolution de la connaissance d’un dispositif, l’intention de l’utiliser et le passage à l’action. L’analyse par profils permet ensuite d’identifier les messages et les canaux les plus efficaces auprès des différents publics. Cette méthode aide les entreprises, les collectivités et les éco-organismes à améliorer leurs campagnes et à démontrer leur impact réel.
Comment identifier les inégalités d’accès aux solutions de réparation, de réemploi et de recyclage ?
La transition circulaire ne bénéficie pas de la même manière à tous les territoires et à toutes les catégories de population. Certaines zones disposent de peu de réparateurs, de ressourceries ou de points de collecte, tandis que les ménages modestes peuvent être freinés par le coût, la distance ou le manque d’information. Une enquête territoriale permet de cartographier les zones blanches, d’identifier les publics éloignés des dispositifs et de comprendre les obstacles rencontrés. Les collectivités et les éco-organismes peuvent ensuite adapter l’implantation des services, les aides financières et les campagnes d’information afin de rendre l’économie circulaire plus inclusive.
Les consommateurs peuvent se déclarer favorables à la réparation, au réemploi ou à l’achat responsable sans toujours modifier leurs pratiques. Le prix, la disponibilité des solutions, le manque d’information ou la simplicité de l’achat neuf peuvent expliquer cet écart. Une étude quantitative permet de comparer les intentions déclarées aux comportements effectifs : recours à la réparation, achat de seconde main, tri, retour de produits ou utilisation de dispositifs de collecte. Cette analyse aide les entreprises et les éco-organismes à identifier les freins prioritaires et à concevoir des actions qui facilitent réellement le passage à l’acte.
Les éco-organismes doivent arbitrer entre plusieurs leviers : collecte en magasin, déchetterie, bornes d’apport volontaire, réparation, réemploi, campagnes de sensibilisation ou accompagnement des professionnels. Les études quantitatives permettent de comparer l’efficacité de ces dispositifs selon les publics et les territoires, d’identifier les profils les plus réceptifs et de mesurer les facteurs qui déclenchent le passage à l’action. Des baromètres réguliers peuvent également suivre l’évolution des comportements et la performance des campagnes. Cette approche aide à orienter les budgets vers les dispositifs présentant le meilleur rapport entre coût, adoption et impact environnemental.
Une stratégie circulaire ne peut pas être évaluée uniquement à partir du nombre de produits éco-conçus, du budget RSE engagé ou du volume de déchets collectés. Il faut mesurer les résultats concrets : allongement de la durée de vie des produits, taux de réparation, volumes réellement réemployés ou recyclés, réduction des déchets et évolution des comportements clients. Les études quantitatives permettent également de suivre la notoriété des dispositifs, leur utilisation effective et leur impact sur la perception de la marque. Cette approche transforme les engagements environnementaux en indicateurs de performance vérifiables.